Médiation animale à l'IEM La Gentilhommière

Entretien avec Marie-Ange Giron Psychomotricienne à l’IEM La Gentilhommière depuis 1975.

Depuis combien de temps travaillez-vous avec l'animal auprès des enfants de la Gentilhommière ?

La médiation canine a une longue histoire à la Gentilhommière. C’est en 1994 qu’est né le premier projet. Nous avions alors, Marie-Hélène (orthophoniste),  Amina (éducatrice spécialisée) et moi-même (psychomotricienne) la responsabilité d’un groupe de 7 enfants très lourdement handicapés sur le plan moteur et privés de moyens de communication. Nous recherchions un médiateur à la fois capable de dynamiser les activités mais aussi  d’apporter de l’apaisement aux enfants. C’est ainsi qu’est né l’idée de « prendre » un chien.

Les résultats ont dépassé nos attentes. Jasper, un chiot labrador noir de 8 mois intervenait sur le groupe mais participait aussi activement à la vie de l’institution.  Il accompagnait les groupes dans toutes les activités extérieures et lors des transferts. Lorsque le directeur m’a proposé de continuer l’expérience avec un chien formé par l’association Handi’chiens (*), j’ai tout de suite accepté. Cracotte, un labrador beige,  est arrivé à l’IEM en juin 2009. Depuis,  c’est un salarié à part entière certes un peu différent des autres …puisque Cracotte est payé en croquettes !

Vous avez une formation de psychomotricienne à la base, qu'est-ce qui vous a convaincu de travailler avec le chien ? 

Ce n’est  pas la formation de base qui compte,  je suis psychomotricienne mais dans d’autres établissements les chiens d’accompagnement social sont gérés par des orthophonistes, des éducateurs, ou des AMP. Ce qui est important c’est d’être sensible à cette médiation, d’être persuadé que l’animal a une forme de communication et une sensibilité très bénéfique pour les enfants et les adultes en situation de handicap. L’histoire a prouvé que les chiens d’aveugles ne sont pas qu’une aide technique auprès de leurs maitres mais qu’ils les aident aussi à rompre l’isolement social dans lequel ils se trouvent parfois et leur apportent toujours un amour sans limite. Il en est de même pour les chiens d’accompagnement social.

Si  un professionnel d’une institution est intéressé pour démarrer une activité avec l'animal, quels conseils lui donneriez-vous ?

Il faut être très attentif au fait que le chien n’est pas une mécanique. On leur demande beaucoup tout au long de leur journée de travail même s’ils n’animent pas d’activités particulières. Ils sont présents, manipulés parfois maladroitement : ils se font tirer les poils (…mais ce sont des caresses !) écraser les pattes par les fauteuils roulants (…mais c’est pour être plus près d’eux !).

La personne responsable du chien, son référent, doit lui apporter la sécurité nécessaire afin qu’il ne soit pas inquiet et reste disponible. Le chien a besoin de repos lorsqu’il rentre chez son référent, il a besoin de promenades longues et réparatrices afin d’évacuer le stress auquel il est confronté très souvent dans la journée.

En fait c’est une histoire de passion. Il faut à la fois aimer l’animal, s’appuyer sur lui, lui faire confiance, mais aussi savoir parfois le guider. 

Quels ont été les effets les plus marquants dans votre carrière lors de votre travail avec l'animal ? 

Au début, tout le monde n’était pas persuadé de l’apport du chien. Nous accueillions alors un jeune qui faisait de graves crises d’épilepsie. Il adorait Cracotte, et prononçait le mot chien avec enthousiasme. Un jour, il a eu une lourde crise et  nous n’arrivions pas à le réveiller d’un sommeil profond.  J’ai amené Cracotte qui lui a fait une « léchouille » sur la joue et à notre grande surprise, l’enfant s’est réveillé et  a prononcé le mot chien, puis  s’est levé ! Ça a grandement participé à l’acceptation de Cracotte au sein de l’institution. 

Comment s'installe la relation avec l'animal et l'enfant ? Existe- t-elle toujours ?  

Tous les enfants ne sont pas sensibles au chien. Certains l’ignorent. D’autres en revanche sont attirés,  se mettent à rire, se sentent rassurés par sa présence. Je me souviens d’un jeune qui avait de lourds problèmes familiaux. Il arrivait au centre avec  d’énormes crises d’angoisse. Il se couchait alors avec le chien et la crise était finie. Cracotte avait absorbé tout le stress de l’enfant. Une petite fille de 5 ans, a commencé à marcher en s’accrochant à Cracotte. Ça a été son moteur. En salle de psychomotricité, Cracotte fait le parcours avant les enfants,  passe dans les tunnels, saute au-dessus des haies …le chien dynamise les activités.   

Si un parent se questionne sur la pertinence d'un animal à la maison, quels conseils lui donneriez-vous ? 

Ce n’est pas forcément un chien qu’il faut ! Un chien c’est beaucoup de contraintes. Quand on prend un animal c’est pour plusieurs années. Ça ne se passe pas toujours comme on l’attendait. Pour les enfants très agités, les poissons ont un formidable pouvoir apaisant (c’est la raison pour laquelle on voit des aquariums dans les salles d’attente des dentistes !). Le chat, surtout s’il est élevé tout petit avec l’enfant, peut développer une relation de complicité avec lui.  En zoothérapie, on ne se focalise pas sur une  espèce animale en particulier, mais on présente  plusieurs animaux aux bénéficiaires.  Certaines personnes peuvent avoir un coup de cœur pour telle ou telle espèce.

C’est tout l’intérêt des fermes pédagogiques ; les parents ne doivent pas hésiter à emmener leurs enfants, et même à visiter les animaleries ou autres expositions animales.

Propos recueillis par Odile Antoine - Administratrice

 



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